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Du loup à la loupe

Le loup occupe une place importante dans la littérature, et surtout dans la littérature pour enfants. Pourquoi ? D’un point de vue historique, le loup est un animal redouté par nos ancêtres, craint par les bergers, chassé, tué, puis réintroduit dans la nature. Des thèses entières ont été consacrées à l’histoire des relations homme-loup. Le loup devient une véritable source de contes qui effraient et qui rappellent surtout les dangers du monde (mais aussi la sécurité de la maison). Le jeune Mikhaïl Boulgakov raconte dans ses Récits d’un jeune médecin une sortie de nuit où il se fait poursuivre par des loups ; c’est le summum de la peur et de la vulnérabilité de l’homme. Joan Aitken quant à elle imagine une Angleterre envahie par les loups dans son roman Les loups de Willoughby Chase. Mais dans cette histoire les vrais loups ne sont-ils pas plutôt ces affreux personnages qui s’emparent de la maison faisant fuir les deux enfants ? Justement, le loup est très souvent utilisé comme une métaphore : homo homini lupus est.

Mais pour en revenir à la littérature pour enfants, on est frappé par le nombre d’histoires de loups, dont certaines sont bien sûr des classiques connues de tous (par ex. Le petit chaperon rouge, Les trois petits cochons, Pierre et le loup, etc.) ; d’autres sont des remakes (revus et corrrigés) des classiques (par ex. Le plus malin de M. Ramos et la géniale série de G. de Pennart dont Le loup sentimental) ; d’autres exploitent différents thèmes en lien avec les loups, dont notamment celui de la peur, soit de façon directe (par ex. Ouste, les loups ! de K. Bedey et A. Wilsdorf), soit indirectement (par ex. l’énigmatique loup dans Une soupe au caillou d’A. Vaugelade qui fait peur aux animaux mais qui leur permet néanmoins de se réunir autour d'un bon repas ... avant de s'en aller dans la nuit) ; et d’autres encore font du loup un simple protagoniste, un animal plutôt sympathique d’ailleurs, souvent plus sensible qu’on ne l’aurait imaginé (par ex. Le loup qui cherchait une amoureuse d’O. Lallemand et E. Thuillier, Grand loup et petit loup de N. Brun-Cosme et O. Tallec, ou Drôle de cadeau dans le traîneau d'A. Leviel et M. Matje qui voit le loup pleurer parce que personne ne veut de lui, pas même le Père Noël ... jusqu'à ce qu'il l'aide en décoinçant son pied) ou simplement différent des autres loups (par ex. le loup végétarien qui cultive ses propres légumes pour ensuite les partager avec les autres animaux dans Un loup dans le potager de C. Bouiller et Q. Gréban) et au comportement inattendu (par ex. Au loup tordu ! de Pef). Et j’en oublie sûrement : les loups moins loups que les hommes, les loups mal-aimés, etc., sans parler de Cocotte et le loup, en quatrième de couverture de la revue pour 1-3 ans, Popi.

Mais pourquoi le loup et toujours le loup ? Pourquoi pas l’ours, ou les dragons ? Certes, les ours et les dragons sont très présents dans la littérature pour enfants, et dans le folklore aussi, mais ils n’ont pas la même cote de popularité que le loup. Et qu’en est-il de la littérature pour enfants dans d’autres langues ? Car si aujourd’hui bon nombre de livres pour enfants en français sont traduits d’autres langues (dont l’anglais) les histoires de loups (outre les classiques) semblent être francophones surtout. Est-ce un trait particulier de la littérature pour enfants en langue française ? Quelles en sont les raisons profondes ? Quelles conclusions faudrait-il en tirer ?

Finalement, quand on y pense, le loup est très présent en France, pays qui a quand même connu un nombre important de rois dont le prénom n’était autre que Loup (oui !) et dont le grand musée emblématique s’appelle le Loupvre. Mais cela va plus loin encore, le loup est partout : par exemple, dans des noms de villes (Loupvigny, Loupviers, etc.) ou d’équipes de rugby (le LOUp), et bien sûr dans de nombreux titres de films (Loup, Le pacte des loups, Le dernier loup, L'aile loup la cuisse), et même dans le nom d'une agence de location de matériel (Qui loup tout) ; le loup a aussi gagné les espaces publics (gare au loup). Il y a de nombreux personnages (dont le héros populaire Arsène Loupin), des musiciens (Jacques Loupssier) et autres cinéastes (Claude Leloupch), etc. qui cachent le loup en eux.

Et dans l’enseignement du français comme langue étrangère ? Evidemment, c’est le FLOUP !

Tag(s) : #Divers